La Corse du Sud - La découverte du sciaccarello à Bonifacio

L'histoire de la viticulture corse remonte au 5ème siècle lorsque les Phocéens introduisent les premiers plants de vigne dans la région d'Aléria. Dans la seconde partie du 20ème siècle et notamment après la guerre d’Algérie, la Corse s’engage dans une période de production massive de vins médiocres qui dégrade son image. Mais depuis les années 60, la surface viticole a chuté de plus de 30%, la Corse misant sur une production plus restreinte, qualitative et respectueuse de l’environnement.

Si la viticulture corse reste tournée vers la vente de vins rosés, une partie de sa production, très  soignée, ne connaît pas la crise et s’exporte de mieux en mieux. Les perspectives du secteur viticole corse sont bonnes, bien aidé par un marché intérieur qui garantit une partie de ses débouchés.

Voici le premier volet d’une tournée dans le vignoble corse, en commençant par le sud.

D’est en ouest, à partir de la plaine d’Aléria jusqu’au vignoble de Sartène, la Corse du Sud offre des terres diversifiées et de nombreuses surprises. La première d’entre elles vient de la qualité de son cépage dominant pour les rouges, le sciaccarello. Il donne un vin clair, pas trop puissant, mix entre un pinot noir bourguignon et un poulsard jurassien avec en supplément des épices qui font ressentir la garrigue environnante. On le retrouve en monocépage où il exprime toute sa pureté, mais peut également être assemblé avec le nieluccu qui lui apporte davantage de matière.

A l’est, les vins de la plaine d’Aléria partagent le terrain avec la culture de la clémentine. Ces terroirs riches donnent des vins puissants, mais intéressants que certains vignerons valorisent avec talent, proposant ainsi une alternative crédible à la culture de la clémentine. En descendant vers Porto-Vecchio, de belles plages et moins de place pour la vigne qui cède sa place à l’activité touristique.

 

A Bonifacio, première belle sensation : sur une zone calcaire pleine de charme, mais horriblement difficile à travailler pour les quelques vignerons qui s’y sont aventurés, les vins sont exceptionnels. Le calcaire donne au sciaccarello des allures de grands pinots de la Côte de Nuits, un peu épicés et délicieusement parfumés. Le domaine Zuria est l’un de ces pionniers de Bonifacio. En se rendant sur le terrain avec Yvan Zuria, on comprend à quel point le travail y est difficile, entre le labourage de sols particulièrement caillouteux et le vent parfois très violent.

 

Une nouvelle surprise vient de Sartène. Lorsque l’on passe du côté ouest de l’Île, le paysage est mieux préservé, avec de l’espace et de magnifiques vallées. La Corse devient sauvage et les Corses se reconnaissent davantage dans ces lieux que le sud-est abandonné aux promoteurs, qui traîne son spleen durant la période hivernale. Parmi les domaines qui font la fierté du vignoble sartenais, on retrouve le domaine Sant Armettu et sa cuvée Myrtus. 

D’autres connaissent un véritable renouveau, comme le domaine Saparale dans la vallée de l’Ortollo : un lieu magique. Au 19ème siècle, Eric de Rocca Serra, avocat aventurier, revient d’Afrique, riche après avoir notamment été au service de la famille royale égyptienne. Il met sa fortune au service de la création d’un domaine viticole de grande qualité. Malgré une longue période de déclin, la renaissance récente du domaine marque le retour d’un pionnier de la viticulture de qualité en Corse.


La sélection des vins d’Edouard disponibles fin avril :

  • Vin de France Natura (sans soufre) 2020, domaine Saparale : 17 € / vin blanc, 100% vermentino

  • AOC Sartène Cuvée Saparale, 2019, domaine Saparale : 15 € / vin rouge, sciacarello & nielluccio

  • IGP Ile de Beauté (Bonifacio) Initiale 2019, domaine Zuria : 32 € / vin rouge, 100% sciacarello